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RÉCITS DU LABRADOR


MON CURÉ


C’était le 23 janvier 189… Le temps était affreux, le froid était intense, la tempête rugissait au-dessus du bois où j’étais campé, broyant dans ses rafales furieuses le sommet des épinettes déjà alourdi par le givre.

On n’eût pas osé mettre dehors une bête puante.

Couché sous ma tente, moelleusement étendu sur un lit de branches flexibles de sapin baumier, les pieds contre mon poêle qui ronflait en répandant une douce chaleur sous mon abri de coton rendu imperméable par la neige qui s’était agglomérée autour de lui, j’écoutais passer la tempête et je rêvais.

À quoi rêvais-je ? Je ne sais. Sans doute à l’étrange bonheur que j’éprouve toujours à me sentir seul, dans le bois, loin des imbéciles et surtout des gens d’esprit. Tout à coup la porte de ma tente s’ouvrit brusquement et un bloc de glace se précipita vers mon poêle, dont il paraissait résolu à accaparer toute la chaleur. Bientôt il commença à fondre et, grâce aux travaux de déblaiement particulier auxquels il se