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RÉCITS DU LABRADOR

livrait, je ne tardai pas à distinguer une barbe châtain, des yeux de même nuance et des cheveux d’une teinte plus foncée.

J’avais vu s’opérer en silence la métamorphose qui s’accomplissait sous mes yeux. Je m’étais contenté de m’arracher entièrement à mon horizontalité pour emplir le poêle de combustible et obtenir un redoublement de chaleur favorable à la fonte du personnage englaçonné que j’avais devant moi.

Cependant, le déblaiement continuait, la fonte s’activait, le glaçon se transformait rapidement et je commençais à percevoir les traits d’un compagnon de chasse, d’un ami qui m’était et qui m’est encore bien cher.

— Eh ! quoi, c’est vous ?

— Oui, c’est moi, me répondit mon curé — car c’était mon curé !

— Venez-vous tendre près de mon chemin de chasse, dis-je ? Il y a quelques martres.

— Non. Je fais ma mission.

— Votre mission !! — Je le crus fou, — Connaîtriez-vous, par hasard, quelque chapelle sur mon portage ? Venez-vous pour me convertir ? Vous choisissez joliment bien votre temps !

Il parut légèrement embarrassé, puis il se mit à rire.