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RÉCITS DU LABRADOR

gris paraissant avoir, sur les sommets des épinettes qui couvrent les îles du groupe Mingan, un gouvernement autonome, étranger aux turpitudes traditionnelles de leurs voisins à manteau noir.

Tous les goëlands sont des bandits, des bandits de la pire espèce.

Leur vol est puissant, leur vigueur très grande : aussi en abusent-ils à tout propos contre les faibles.

D’une prudence qui touche à la lâcheté lorsqu’ils ont affaire à un adversaire courageux ou bien armé, ils sont également d’une hypocrisie de Brahme et d’une indiscrétion de détective. Une barge de pêche, un canot de chasse, une tente de voyageur les exaspèrent.

Si vous tentez d’approcher des loups-marins échoués sur les roches, d’un camp de gibier nageant sur les bords de l’eau, gardez-vous avec soin des goëlands, car, s’ils vous aperçoivent, votre présence sera signalée immédiatement par les cris les plus variés et les plus discordants et, quelques savantes que soient vos manœuvres vous perdrez votre temps et vos peines. Les animaux de mer et de grève sont habitués à ces dénonciations : aucun ne s’y trompe et tous en profitent avec une désespérante célérité.

Oh ! les irlandais du diable ! Oh ! les an-