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RÉCITS DU LABRADOR

glais maudits ! comme on le dit sur la côte.

Je crois que ces oiseaux ne dorment jamais. On les entend toute la nuit, croassant, jappant, hurlant, hululant et miaulant à qui mieux mieux, surtout s’ils aperçoivent votre feu de veille. Ils imitent tous les cris les moins harmonieux, quelquefois avec une telle perfection qu’il est difficile de savoir si l’on n’est pas à proximité de chats, de chiens, de loups-marins, de hiboux ou de corbeaux. Il est impossible de faire cesser cet infernal tapage. Combien de fois me suis-je levé, la nuit, distribuant à tort et à travers les coups de carabine dans l’espoir d’effrayer ces animaux odieux et de ne plus les entendre ? C’était peine perdue. Quelques minutes après la dernière détonation, le vacarme recommençait de plus belle.

Le goëland est d’une rare gloutonnerie. Putréfaction ou chair fraîche, il avale tout, il digère tout. Il détruit une quantité énorme de crabes, d’oursins, de homards et même de poissons, surtout d’anguilles, qu’il attrape fort adroitement au milieu des algues, car il ne plonge jamais.

Rien n’est plus curieux que de le voir lutter avec un homard de forte taille.

Ce crustacé, ainsi que chacun peut le savoir, possède deux pinces antérieures d’une force extrême et qui sont disposées de telle