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RÉCITS DU LABRADOR

cations, malgré le changement de milieu et des reproductions successives déjà anciennes.

Le goëland semble monogame, mais il est si vicieux, par ailleurs, que je ne serais nullement surpris qu’il ne jouât la continence et ne soit le plus impudique des époux. Il construit — je parle ici de la variété à manteau noir, de l’anglais — sur les roches nues ou la mousse qui en recouvre les sommets, un nid qui lui fait peu d’honneur, tant il est de facture lâchée.

Sa femelle y dépose trois œufs d’un blanc ou d’un bleuâtre sale tacheté de brun, surtout au gros bout. L’irlandais, plus fin, a délaissé les roches où il nichait autrefois, et se bâtit, depuis quelques années, des nids sur le haut des épinettes décapitées par le vent. Les conifères de l’archipel Mingan sont couverts de ces oiseaux, que l’on est tenté de prendre pour de gros flocons de neige, lorsqu’on les aperçoit du large.

Les œufs de goëlands, quoiqu’un peu rouges, sont parfaits au goût, surtout en omelette ; aussi sont-ils enlevés avec frénésie par les pêcheurs de toutes nationalités qui hantent les parages du golfe. Ce n’est point là un grand malheur, il y a toujours trop de goëlands. Mais il est fâcheux que les étrangers prennent une si large part à cette récolte toujours très fructueuse, les