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RÉCITS DU LABRADOR

prises, tous se dirigent en rampant vers les postes qui leur ont été désignés et, une fois rendus, attendent le signal de leur chef. Quelles que soient les précautions prises, on conçoit que tant de mouvements ne peuvent s’opérer sans causer quelques inquiétudes aux loups-marins. Aussi les voit-on relever la tête et humer l’air avec force essayant de se rendre compte des objets dont leurs yeux sont impuissants à leur indiquer la nature. C’est là que l’habileté du chef s’apprécie, car, s’il a apporté la moindre négligence dans l’étude de la direction du vent et dans le choix des postes d’attaque, la chasse est gravement compromise.

On attend dans l’immobilité absolue que les phoques se soient tranquillisés. Alors le chef lève son bâton en poussant un cri et se précipite en avant. Une partie des chasseurs en fait autant, pendant que l’autre partie coupe le plus rapidement possible, aux loups-marins, le chemin de la mer.

C’est alors un tohu-bohu indescriptible, surtout lorsque deux ou trois équipages se sont réunis. Les han ! han ! sonores accompagnent chaque coup. Les novices ou les maladroits qui frappent à faux sacrent sans vergogne ou sautent de côté pour échapper aux dents des bêtes incomplètement assommées. Les uns tombent, les autres se