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RÉCITS DU LABRADOR

Celui de l’avant, ou tireur, a près de lui deux fusils et une gaffe ; celui de l’arrière, ou pagayeur, une autre gaffe et un couteau bien affilé. Quelquefois le tireur, pour mieux dissimuler sa présence, ajoute à l’avant du canot un bloc de glace.

Le pagayeur doit se cacher avec le plus grand soin dans la ligne du tireur et manœuvrer sa pagaïe avec la plus extrême circonspection, sans la sortir de l’eau, et sa main la plus basse trempant dans la mer. Ce genre de navigation n’est pas sans difficulté. Elle demande de l’habitude et de la vigueur, car, pour se conserver l’avantage du vent, il faut presque toujours naviguer à contre-brise.

Quand le canot est parvenu assez près des loups-marins pour être à portée de fusil, le chasseur de l’avant abandonne sa pagaïe sans bruit, se saisit de son arme, et, laissant à son camarade le soin de diriger seul l’embarcation, il vise soigneusement et tire les phoques, le plus possible, au côté ou en arrière de la tête. Tirer un phoque de face, c’est s’exposer à le manquer, tant les plombs glissent aisément sur son museau fuyant.

Lorsque la fraction de banquise qui porte les loups-marins est trop grande pour qu’il soit possible de les approcher en canot, les deux chasseurs débarquent et, se glissant