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RÉCITS DU LABRADOR

heure sans avoir tiré un seul coup de fusil, lorsqu’Hector m’interpella et me dit :

— Ah ! Si nous avions l’ours ! Ma femme l’a emmené, mais nous allons le retrouver tout à l’heure. En revenant, nous serons plus chanceux.

L’ours est un chien — un croisé de Terre-neuve que j’ai donné, dans le temps, à Hector. Excellent pour le bois, quoique muet sur la perdrix. Terrible pour le porc-épic et le lièvre, qui constituent, avec quelques têtes de morues, sa nourriture la plus habituelle. Charriant le bois l’hiver, amusant les enfants, recevant le curé avec distinction et les intrus avec hauteur. En chien parfait, quoi !

— Hector !

— Monsieur ?

— Si nous tirions un coup de fusil ? L’ours n’est pas bête. Il comprendra et viendra nous rejoindre, hein ?

— C’est ça, monsieur.

Et nous déchargeâmes nos fusils trois ou quatre fois de suite. L’ours ne vint pas.

— C’est drôle, reprit Hector, Rhina doit être bien loin.

Rhina est le nom de la femme d’Hector. Ce nom ossianesque appartient à la plus originale des criatures. Grande, maigre, la peau parsemée d’excavations causées par les grains de la petite vérole noire, mau-