Page:Puyjalon - Récits du Labrador, 1894.djvu/93

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
92
RÉCITS DU LABRADOR

Ludivine — je répète toujours ce nom avec plaisir — était une robuste criature, très hâlée par le soleil, encore jeune et très suffisamment jolie femme, — fort habile, disait-on, à tous les travaux et à tous les déduicts plaisants. Sainte femme, d’ailleurs, craignant Dieu, infiniment plus le diable, et honorant son curé, qu’elle eût défendu, comme nous tous, du reste, sur le gril même de saint Laurent ; elle lui payait fidèlement sa dîme.

Elle possédait, de compte à demi avec Grégoire, cinq enfants très robustes, prodigieusement crasseux, dont elle nettoyait le museau et les mains une fois tous les dimanches, et, de plus, une maison de bois composée d’une pièce à tout faire dans le bas et d’un grenier où couchait toute la famille.

Hospitalière autant que son époux, elle eût partagé son dernier morceau de lard avec un voyageur. Rigide et inflexible avec les marchands et les tradeurs, ne leur vendant jamais rien sans profit très sérieux, ne leur achetant jamais un fétu sans les traiter in petto de voleurs sans conscience, vérité généralement admise sur la côte par tous ceux qui trafiquent avec cette classe honorable de commerçants. Méprisant les officiers, — c’est ainsi que l’on désigne les