Page:Réflexions sur la révolution de France.pdf/138

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sance, et la loi elle-même n’est que la bienfaisante dirigée par une règle. Les hommes ont le droit de vivre suivant cette règle. Ils ont droit à la justice, et ce droit leur appartient contre les plus forts de même que contre les plus faibles. Ils ont droit à tous les produits de leur industrie, et à tous les moyens de la faire fructifier. Ils ont droit d’appartenir à leurs père et mère. Ils ont droit d’élever et de perfectionner leurs enfans. Ils ont droit aux instructions pour le temps de la vie, et aux consolations pour le moment de leur mort. Quelque chose qu’un homme puisse entreprendre séparément pour son propre avantage, sans empiéter sur l’avantage d’un autre, il a le droit de le faire ; il a en commun, avec toute la société, un droit incontestable à prendre sa part dans tous les avantages combinés d’industrie et de force qu’elle procure. Mais quant au droit de partager le pouvoir, l’autorité ou la conduite des affaires de l’État, je nierai toujours très-formellement qu’il soit au nombre des droits directs et primitifs de l’homme en société civile ; car je ne m’occupe que de l’homme civil et social, et pas d’un autre : c’est une chose dont il est nécessaire de convenir[1]

  1. C’est faute d’avoir senti la nécessité de cette division pleine de sagesse, que nos novateurs ont tout bouleversé, tout confondu. En proclamant, sans restriction, que tout membre de la société a le droit de prétendre au pouvoir, on jette dans cette société le germe d’éternelles révolutions, sans avantage pour personne. En effet, le citoyen sans ambition sera bientôt insensible à un droit dont il est décidé à n’user jamais; l’ambitieux, au contraire, ne se contentera pas d’avoir