Page:Réflexions sur la révolution de France.pdf/139

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Si la société civile est un résultat des conventions, ces conventions doivent être ses lois ; ces conventions doivent modifier et limiter toutes les espèces de constitution que l’on fait sous le terme de cette convention : il n’y a pas de pouvoir, soit législatif, judiciaire ou exécutif, qui n’en soit le résultat ; ils ne peuvent avoir d’existence dans tout autre état de choses ; et comment se fait-il qu’un homme réclame, au nom de la société civile, des droits qui ne supposent pas même son existence, des droits qui lui répugnent absolument ? Un des premiers buts de la société civile et qui devient une de ses règles fondamentales, c’est que personnen ne soit jugé dans sa propre cause. Par cela seul, chaque individu s’est dépouillé tout d’un coup du premier droit fondamental qui appartient à l’homme qui n’est lié à aucun contrat, celui de juger pour lui-même, et de soutenir sa propre cause : il abdique tout droit de se gouverner lui-même, il abandonne même en grande partie, le droit de sa propre défense, la première loi de la nature. Les hommes ne peuvent jouir à la fois des droits d’un État civilisé et d’un État qui ne l’est pas ; ils abandonnent afin d’obtenir justice, le droit de déterminer sur chaque chose ce qui leur importe le plus : afin de conserver quelque liberté, ils en font l’abandon total.


    ce droit stérile, et voudra en user, mais il ne pourra en user qu’en disant : Ôte-toi de là, que je m’y mette, en attendant qu’un autre ambitieux vienne lui en dire autant.