Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/118

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puissant, si pur, si passionné que toute la montagne semblait chanter en lui, et pourtant, fait de voix si distinctes, ce chant, qu’on aurait pu montrer du doigt le point de l’ombre forestière d’où jaillissait chaque source sonore, inépuisable, limpide, cristalline, chaque goutte pathéthique et animée de son enchantement nocturne.




En mer. — Ce soir, après dîner, allongés sur les fauteuils de la dunette, on s’est mis « à parler de Paris » pour la première fois, je crois bien, depuis le départ. Jusqu’alors il n’avait guère été question entre nous que des impressions et des menus incidents du voyage et soudain, le fil qu’avait rompu notre existence momentanément vagabonde se renouait. Comme les autres j’étais repris par cette reprise de notre vie « d’avant ». Je me retrouvais chez moi parmi les objets familiers et les occupations quotidiennes. Je revoyais au mur tel meuble, tel vieux miroir, telle gravure. Du cendrier s’élevait la fumée d’une cigarette mal éteinte. J’entendais dans la corbeille le léger bruit du papier froissé. L’encre miroitait dans l’encrier. On ouvrait une porte. On m’apportait une lettre ou un livre. Je me rappelais telle course à faire, telle personne