Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/127

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Je me suis levé qu’il faisait encore nuit et, de la passerelle où j’étais monté, j’ai vu le jour poindre peu à peu. Le pont s’est couvert de rosée. Le ciel s’est éclairci, mais en s’éclaircissant il est resté gris et voilé. Une brume tiède et fine flotte sur la mer. Le temps passe. Nous devons maintenant être tout près ; cependant rien encore ne se distingue sur cet horizon vaporeusement laiteux. Nous n’aurons pas la « belle arrivée » qu’escompte le voyageur. Un peu dépité, je suis descendu un moment dans ma cabine.

Quand je suis remonté sur la passerelle, il semblait qu’il y eût quelque chose de changé. Derrière la brume, comme à travers un écran, des ombres se dessinaient, estompées ; on sentait une présence derrière ce voile. Soudain, dans un interstice lumineux de son tissu aérien, apparurent la pointe aiguë d’un minaret et la coupole d’une mosquée. Vaguement l’espace rosissait. On ne savait quoi encore devenait visible sans être distinct. Tout à coup, au ras du flot, jaillit le fuseau d’un cyprès, comme si son jet aigu avait déchiré un enchantement. Était-ce le palais de l’enchanteur, ces blanches tours massives que l’on apercevait maintenant ? Lentement, à mesure que se levaient ses voiles superposés et que se dissipait la nue aérienne où il s’était