Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/136

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Petite Sainte-Sophie où nous sommes allés en sortant de la Grande après avoir visité les turbés contenus dans son enceinte. Ils sont une des curiosités de Constantinople, ces turbés qui abritent, dans leurs kiosques funéraires, des sépultures de sultans, de princes, de sultanes ou de grands personnages. Couverts de riches étoffes, de cachemires, de tapis, sous des voûtes d’où pendent des lustres et des œufs d’autruche, entre des murs revêtus de carreaux de faïence et de plaques de céramique, les hauts cercueils reposent entourés de grands chandeliers et d’énormes cierges. Énormes aussi certains des turbans qui, placés au chevet du défunt, gonflent leurs coiffes démesurées et dressent leurs aigrettes pompeuses. Ces insignes mêlent quelque chose de comique à ce décor funèbre que protègent des grilles et souvent des jardins où croissent des cyprès et où poussent des fleurs. De ces turbés il y en a de plus simples qui, loin des grandes mosquées, se cachent à l’écart, derrière de vieux murs délabrés, sous de vertes frondaisons en de petits enclos mélancoliques et comme secrets où l’on imagine que des sages sont venus, sous l’oeil d’Allah, dormir secrètement leur dernier sommeil.