Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/148

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montré moins guindé qu’à son bord et comme rassuré par la présence d’aimables jeunes femmes. Mis en confiance, il a avoué qu’il redoutait un peu les curiosités que sa célébrité lui attirait, qu’il avait horreur d’être considéré comme une « bête curieuse ». Évidemment il avait compris que nous n’étions pas des gens dangereux et à éviter. Aussi nous a-t-il proposé de nous mener voir des « coins » de Stamboul qu’il aime, de ce Stamboul qu’il a tant aimé, mais où il est tenu maintenant en suspicion, où ses démarches sont épiées, ses allées et venues surveillées, où les barques de la police rôdent continuellement autour du Vautour. Tout cela avec un air de mystère, des réticences, des sous-entendus. Ne se fait-il pas un peu une Turquie imaginaire qui satisfait mieux ainsi son goût du romanesque et qu’y a-t-il de vraiment vrai dans les menées dont il se croit l’objet ? Comme il nous quittait vint à passer un des grands caïques impériaux à dix paires de rames qui filent vite sur les eaux du Bosphore. « Il faudrait, nous dit-il, que vous alliez assister un vendredi à la cérémonie de Selamlik et aussi que vous visitiez le Seraï. Il y a là encore un peu quelque chose de la vieille Turquie. »