Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/150

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et de toutes tailles, et presque tous très beaux. Il y en a d’éclatants et il y en a de sourds, de fins et de rudes, tapis de palais, tapis de mosquées, tapis de tentes, tapis de prière, tapis de sieste. Il y en a qui sont des bestiaires, il y en a qui sont des architectures, il y en a qui sont des jardins, qui portent des animaux, des emblèmes ou des fleurs. Il y en a où s’effilent des œillets, où s’épanouissent des tulipes, où s’allongent des cyprès... Sur les uns figurent des lampes, sur d’autres des fontaines. Sur certains s’inscrivent des caractères... Tous ont leur langage décoratif. Chacun d’eux est une strophe tissée et dessinée. Les uns ont la luxuriance d’une prairie, les autres l’aridité des sables du désert. Tour à tour, sous nos yeux, ils étalent leur langage ou leur énigme. Il y en a d’éloquents, il y en a de mystérieux. Tapis de conquérants, tapis de sages, tapis de sombre rêverie, tapis d’exaltation, tapis d’extase, nous les feuilletons du regard un à un. Tantôt ils évoquent l’aile d’un papillon, tantôt la mosaïque d’un vitrail. Il y en a qui sont comme endormis, il y en a d’étrangement vivants, qui se refusent, nous font signe.

Celui-là a été entendu, et nous le reverrons au retour du voyage chez celle d’entre nous qui l’a choisi entre tous pour sa singulière