Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/19

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son Rhône et de sa Saône, ils montent en vapeurs humides et enveloppent de leurs ondes aériennes la cité au visage voilé, la cité des trames et des tissus où les métiers travaillent les soies dont les navettes unissent les fils dociles en de merveilleux assemblages. C’était sous ces traits laborieux et vaporeux que j’imaginais Lyon et j’en augurais ce qui s’en devait ajouter de gravité à la solennelle et majestueuse grandeur de ses aspects. Ils me parurent, en effet, tels que je les avais prévus. L’ampleur de ses places, la largeur de ses quais, la hauteur de ses façades, je ne savais quoi de sérieux jusque dans le mouvement et l’activité des rues confèrent à Lyon une dignité singulière, en font un centre de vie puissant. Lyon fait grande figure parmi les grandes villes de France et je lui trouvai visage de capitale, mais ce visage ne se dissimulait pas sous le voile à travers lequel je l’attendais. Il se montrait à moi sans éclat, mais sans ombre. Un pâle sourire de bienvenue l’éclairait sans l’illuminer. Les brumes, qui souvent l’enveloppent, n’étaient pas montées vers lui des eaux fluviales ; elles en effleuraient légèrement la surface, de leur soyeuse et fluide transparence.

Il faisait un temps délicieux, le matin où je suis allé à Fourvières. Un air moite et léger,