Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/238

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dans cette solitude achilléenne qu’elle venait méditer sur la mystérieuse fatalité de l’astre sous lequel elle était née.

Nous avons visité rapidement l’intérieur de l’Achilléion qui ne présente guère d’intérêt. Plusieurs des salles que nous traversons sont décorées en style pompéien. Extérieurement l’Achilléion est une grande villa construite à l’italienne et peinturlurée de polychromies. Une de ses façades s’orne d’un portique sous lequel se dressent les statues des Muses. Tout cela est d’assez mauvais goût munichois. La vraie beauté de l’Achilléion ce sont ses jardins de feuillages et de fleurs, où poussent des roses, où des lauriers abritent des bancs de marbre qui ont des dauphins pour accoudoirs, ses jardins qui descendent vers la mer jusqu’à une crique où le flot caresse les marches en marbre blanc d’un petit quai.

Quand nous sommes revenus à Corfou, la vedette, par suite d’un ordre mal compris, n’était pas venue nous attendre. Nous avons regagné en barque le Nirvana. Avec le soir, un vent violent s’était levé, la mer était mauvaise. Nos deux rameurs corfiotes peinaient sur leurs avirons. Nous finîmes par atteindre le Nirvana. La mer avait la couleur qu’elle a dans la Barque de Don Juan, de Delacroix.