Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/54

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visage marin de cette fille de la Grèce qui fit les délices des Romains et où résonne dans l’air sacré la voix immortelle de Virgile.

En attendant, des images napolitaines animent mon demi-sommeil. J’y vois se dresser des groupes de statues, des files de figurines, s’y dérouler des fresques mythologiques. Dans le bronze, le marbre ou le stuc, revivent des dieux et des déesses, des satyres et des danseuses, des empereurs et des philosophes, maints objets de toute sorte, témoins de l’antique vie quotidienne qu’ont rendus au jour Pompéi la Désensevelie et Herculanum la Souterraine, trésors inestimables de l’admirable Museo Nazionale, aussi bien que l’humble grafitto gravé sur le mur par un passant et l’enseigne d’un lupanar, et ces images ramènent à ma mémoire le souvenir d’une journée et d’une soirée passées dans les ruines magiques de l’illustre petite cité vésuvienne.

Tous les détails m’en reviennent à l’esprit et il me semble que cette heure enfuie est redevenue présente. Je ne suis plus enfermé entre les parois d’une cabine, mais je suis assis à la table en plein air d’une auberge campanienne. La nuit est douce et belle. Les étoiles brillent au ciel dans le tendre silence nocturne. Sur la nappe, des fruits se gonflent auprès de la fiasque qui est elle-même un fruit.