Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/59

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entoure le préau, sont sculptées dans le marbre deux têtes de mort. L’artiste les a, l’une et l’autre, pour qu’elles proclament, par leur pompeux décharnement, la vanité et le néant de toute gloire, parées de dérisoires couronnes de laurier. Je les ai retrouvées telles que je les avait déjà vues, ironiques sous leurs vains atours d’immortalité. Le soleil les caressait de ses rayons. J’ai posé la main sur leur tiédeur morte. Mais ne sommes-nous pas ici au pays de la vie ? N’est-ce pas à vivre que toute l’âme napolitaine emploie toutes ses forces ? La vie, à force de l’aimer terrestre, ces vivants la désirent par surcroît éternelle et cherchent à s’en assurer l’éternité jusque par l’entremise de superstitions propices et de fétichismes favorables. Imitons-les un instant. Détournons-nous de ces emblèmes funèbres. Allons vers ce balcon suspendu sur le vide. Penchons-nous, regardons et écoutons. A nos pieds et à nos yeux, Naples est là, et d’elle, s’élève une immense rumeur, faite de mille bruits, à la fois distincts et confus. Cela respire, cela murmure, cela crie, cela chante, cela se tait et se recueille un instant, puis la rumeur reprend, s’étend, monte, traversée des branles de cloches ou déchirée du gémissement de quelque sirène de navire où nous reconnaissons déjà l’appel du départ. Demain, sans