Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/68

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l’horizon nocturne où, à un moment, il me semble apercevoir une vague rougeur. Ce n’est pas un feu de navire. La rougeur est intermittente, tantôt plus faible, tantôt plus forte. Elle est animée, mais elle est fixe, et cependant, peu à peu, elle devient plus distincte, plus vive, plus aiguë. Nous sommes en vue du Stromboli et son volcan est en activité. Comme Neptune nous a été propice, Vulcain nous favorise.

Le Stromboli s’élève de la mer en pentes assez abruptes et sur ces pentes glissent d’ardentes coulées de lave. Le cône qui les répand est visible. Tour à tour, il s’empourpre et s’éteint. Les coulées se divisent en méandres de feu. C’est une éruption veineuse, pourrait-on dire, qui se ramifie en traînées de rouges différents, les uns vifs, les autres plus sombres, tout cela n’a rien d’effrayant et, de loin, ces substances éruptives ont un aspect plus décoratif que malfaisant. C’est un spectacle auquel on s’intéresse, une sorte de jeu lumineux et igné qui finit par exercer une fascination égoïste. Cela fait bien au fond de la belle nuit douce qui commence à pâlir aux approches de l’aube.