Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/69

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Sicile ! À ce nom s’évoquent des bergers et des brigands, les idylles de Théocrite et les exploits de la Main Noire, les embuscades aux défilés de la montagne et ces « bords siciliens » que chante Mallarmé dans l’Après-Midi d’un Faune. Puis ce sont les temps de la domination sarrazine et de la conquête normande et angevine, beaux princes arabes, rudes cavaliers, turbans à coiffes de mailles et à aigrettes, heaumes à visières grillagées et à cimiers héraldiques, Toisons d’or des vices-rois d’Espagne, tout le passé dont l’île à trois pointes a gardé des temples, des cathédrales ornées de mosaïques, des palais et des jardins, tout le passé où semblent résonner encore le chant du muezzin et le cantique du moine, les refrains d’amour de beaux gentilshommes et la flûte pastorale des pâtres qu’accompagnent les violons dont Adraste divertit sa belle pendant qu’elle pose devant ses pinceaux, grâce aux stratagèmes de l’esclave Hali. Et il me semble entendre la vive et forte prose de Molière, célébrer les ruses des amants et berner les barbons, fussent-ils de Paris ou de Messine.




Du port de Palerme où nous sommes à l’ancre, je vois le long d’un quai de belles