Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/73

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


d’orangers en fleurs. La route débouche sur la principale place de la petite ville et soudain on se trouve en face de la cathédrale.

Ses lourdes portes de bronze sont ouvertes et nous pénétrons dans l’immense vaisseau. Des mosaïques en couvrent les parois et sa concavité forme une espèce de grotte merveilleuse, à la fois étincelante et sombre, toute luisante de vieux ors, hantée de personnages hiératiques. La vaste nef est à peu près déserte. Parfois on y distingue l’écho d’un pas, d’une voix, puis le solitaire silence retombe. En passant auprès d’une petite porte pratiquée dans l’épaisseur des murs, je la pousse du doigt. Elle s’ouvre docilement et mystérieusement sur un cloître. Il n’est pas grand, mais il est exquis de proportions, et d’un pittoresque barbare et délicieux avec ses colonnes sarrazines incrustées de parcelles de mosaïques. Dans le préau, des fleurs croissent en un désordre charmant. Quelques piliers sont élégamment enguirlandés. A un angle, au milieu d’une vasque de marbre, s’élève isolée, inutile, une colonne torse. Elle ne soutient rien. Pourquoi est-elle là ? Dans la vasque tarie, figure-t-elle le jet de l’eau absente ? Elle a on ne sait quoi d’énigmatique que nous serions restés longtemps à contempler si nous ne nous étions pas aperçus que le cloître donne