Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/84

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gain inespéré, qu’une expression de profond désespoir se peignit sur sa figure. Évidemment il éprouvait une affreuse déception. Tout le jour, son imagination avait dû échafauder des rêves sur l’aubaine que nous étions pour lui et qu’il avait escomptée follement. Qu’avait-il donc cru tirer de nous ? Quelles chimères s’étaient formées dans cet obscur cerveau au sujet de ces voyageurs providentiels ? Je ne sais, mais les pièces d’or qu’étaient devenues ses prévisions insensées le ramenaient à la plus amère des réalités ; nous avions trompé son attente et il considérait dans sa main tendue l’effigie même de son désespoir. Sans doute s’envolait dans sa pensée, aux sons d’une flûte moqueuse, le troupeau de chèvres blanches dont il se croyait déjà possesseur et dont les pis fallacieux lui avaient à peine donné de quoi remplir le fragile pot au lait de Perrette.




Nous avons quitté Porto-Empedocle aux dernières lueurs du jour. La mer était comme une mer morte. Elle s’étendait à l’infini sans une ride ; rien ne troublait sa surface d’une seule couleur uniforme et cependant elle était parcourue et soulevée d’une sourde ondulation invisible, venue de ses profondeurs, d’une