Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/85

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houle mystérieuse, lente et puissante, qui nous balançait sur ce miroir liquide, intérieurement mouvant d’un mouvement qui n’y produisait ni une vague, ni un pli et dont on sentait cependant l’énorme force secrète et qui était comme la respiration de l’abîme.

Vers Malte. — J’ai chez moi à Paris un charmant Chevalier de Malte. Il porte l’insigne de l’Ordre militaire et hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem qui fit pendant des siècles rude guerre à l’Infidèle sur cette mer où nous voguons aujourd’hui, sans redouter les pirates barbaresques qui l’infestèrent si longtemps, au détriment des voyageurs et des marchands, mais au profit des romanciers d’autrefois qui en tiraient volontiers des épisodes émouvants de belles dames emmenées en captivité et de bons gentilshommes réduits en esclavage, des scènes de sérail et de bagne, maintes autres aventures où les nobles captives devenaient sultanes et où les fiers esclaves se faisaient renégats pour sauver leur peau de la matraque ou du pal.

Ces Barbaresques avaient fort affaire avec les vaisseaux et les galères de l’Ordre de Malte qui leur donnaient la chasse, ce à quoi n’a pas dû manquer mon petit Chevalier, car il a gentille et haute mine sur le portrait que j’ai de lui. Il porte la croix de