Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/91

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et, vers le soir, la houle était presque entièrement tombée. Après le tohu-bohu que nous avions subi, on éprouvait une agréable impression de paix et de repos. Je suis descendu un instant dans ma cabine. On y avait remis de l’ordre. On avait ouvert les obturateurs des hublots. Parfois encore une vague rendait glauques leurs disques de verre et y dessinait, en écume, comme une fuyante chevelure de sirène.




Sous ce ciel pur, dans cette chaude et vive lumière, cette côte qui s’élève au-dessus de la mer bleue, c’est la Grèce. Je l’ai aperçue avec une émotion un peu déçue, cette terre sacrée, dont nous sommes lointainement les fils par l’esprit. Ne devrait-elle pas s’annoncer à nous par quelque prodige ? Un chant de lyre ne devrait-il pas nous y accueillir ou quelque figure divine debout sur le rivage ou une frise de ces blancs cavaliers que Puvis de Chavannes déroule sur le ciel de sa Vision Antique ? Cependant ne nous plaignons pas. N’a-t-elle pas envoyé au devant de nous quelques-uns de ses dauphins ? Souples, luisants, élégants, mythologiques, acrobatiques, enfantins en leurs jeux et en leurs sauts, rapides et courbes, arqués et glissants, ils nous