Page:Régnier - Les Médailles d’argile, 1903.djvu/154

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Et la forêt mouvante au long souffle du vent
Et le chant de la mer et le chant des fontaines,
La rumeur qui bourdonne au creux des ruches pleines,
La source, le ruisseau, le fleuve ; eux qui mêlaient
En leurs coupes, le vin, l’eau, le sang et le lait,
Portaient le sceptre droit ou le thyrse flexible,
Lançaient la foudre au mont et la flèche à la cible
Et remplissaient la terre et le ciel tour à tour
De la confusion de leurs vastes amours,
Tous ces Dieux de la Vie et de la Violence
Leurs Ombres maintenant ne font que du silence.

Et tous, d’un long regard, suivent pensivement,
En son vertigineux et morne tournoiement,
Pégase qui, rué d’une course inutile,
Les crins au vent, galope en rond autour de l’Ile
Et qui parfois bondit et qui parfois s’abat
Et qui semble hennir et que l’on n’entend pas
Et qui s’arrête et qui repart et semble attendre,
D’un quadruple sabot creusant le sol de cendre,
Et brusquement, cabré, prodigieux et noir,
D’un élan furieux et d’un tragique espoir,
Ecarte d’un seul coup ses deux ailes ouvertes
Qui battent l’air trop lourd et retombent inertes
Et, rebelles encor, referment à son dos
L’effort désespéré d’un vol jamais éclos.