Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/100

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Les choses en étaient venues à ce point que beaucoup de colons parlaient de revenir en France. Québec, si longtemps respecté, était bloqué par sept cents Iroquois. Le gouverneur, Voyer d’Argenson, qui prit en 1658 la succession de M. de Lauzon, montra un peu plus d’énergie que son prédécesseur, mais sans réussir autant qu’il l’eût fallu à atteindre et à châtier des ennemis presque insaisissables, et qui frappaient leurs coups à la dérobée pour s’enfuir aussitôt dans l’asile ténébreux de leurs forêts. Au milieu de ces combats sans noms, nos Français trouvèrent cependant moyen de s’illustrer. En 1660, dix-sept « habitants », commandés par Daulac, furent attaqués par cinq ou six cents Iroquois dans un mauvais fortin de pieux, au pied du Long Sault ; pendant dix jours, ils repoussèrent, — aidés d’une cinquantaine de Hurons ou Algonquins, — tous les efforts de leurs assaillants. Abandonnés à la fin par la plupart de leurs alliés, le fort fut emporté et ils périrent tous. Un des quatre Français qui restaient, avec quelques Hurons, lorsque l’ennemi pénétra dans l’intérieur du fort, voyant que tout était perdu, acheva à coups de hache ses camarades blessés, pour les empêcher de tomber vivants entre les mains de ces implacables vainqueurs[1].

L’attaque de cette bicoque avait coûté trop cher aux Iroquois pour qu’ils fussent pressés de recommencer leurs agressions. Ils abandonnèrent donc le dessein qu’ils avaient conçu, d’attaquer Québec, Montréal et les Trois Rivières : deux de leurs nations firent même des propositions de paix, et quoique les autres dussent renou-

  1. Relation des Jésuites, citée par Garneau.