Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/111

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l’Acadie et ne voyait pas sans dépit Delatour, qui faisait moins que lui pour la colonisation, réaliser, par la traite des fourrures, de plus grands profits. Dès l’année 1640, c’est-à-dire deux ans après les lettres patentes qui partageaient l’Acadie, Delatour et d’Aulnay se reprochaient mutuellement la capture de navires appartenant à leurs compagnies respectives. En 1641, d’Aulnay obtenait La révocation de son rival, mais celui-ci, sans tenir compte d’une révocation qu’il disait extorquée par de faux rapports, se barricadait dans son fort de Jemsek, sur le fleuve Saint-Jean, et s’abouchait même avec les puritains du Massachussets pour forcer d’Aulnay à lever le blocus qu’il était venu mettre à l’embouchure du fleuve. D’Aulnay revint à la charge en 1645, contre le fort de Jemsek, après s’être assuré, par des représentations venues de leur propre métropole, la neutralité des Bostoniens. Mme Delatour (née Marie Jacquelin, du Mans) était seule au fort avec une cinquantaine d’hommes quand la troupe d’Aulnay s’y présenta ; néanmoins elle soutint bravement le choc et força les assaillants à se retirer dans le bas du fleuve. Un second assaut, livré trois mois après, réussit mieux. Mme Delatour rendit la place et, faite prisonnière, mourut peu de temps après (1646).

Il est pénible d’enregistrer ces luttes civiles engagées entre deux chefs français également vaillants et distingués, pour la domination d’une terre qui, selon la remarque d’un auteur anglais, n’était encore, sauf un petit nombre de postes, qu’un désert sauvage. Ainsi, tandis qu’au Canada, le courage français se déployait dans une défense héroïque contre les plus dangereux et les plus vindicatifs des sauvages, les solitudes de