Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/123

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plut à la cour soupçonneuse de Versailles. Colbert s’empressa d’avertir Frontenac qu’il avait fait un pas de clerc et qu’il ne recommençât plus :

« …L’assemblée et la division que vous avez faite de tous les habitants du pays en trois ordres ou états, pour leur faire prêter le serment de fidélité, a pu produire un bon effet dans ce moment-là ; mais il est bon que vous observiez que, comme vous devez toujours suivre, dans le gouvernement de ce pays-là, les formes qui se pratiquent ici, et que nos rois ont estimé du bien de leur service depuis longtemps de ne point assembler les États-Généraux de leur royaume, pour peut-être anéantir insensiblement cette forme ancienne, vous ne devez aussi donner que très rarement, et pour mieux dire jamais, cette forme au corps des habitants dudit pays. »

Ainsi la Nouvelle-France ne pouvait, l’eût-elle alors souhaité, se bercer de l’espoir d’obtenir jamais de franchises particulières. Elle était rivée, comme la métropole, à la chaîne de l’absolutisme du « roi-soleil ». Quelle différence avec les colonies de la Nouvelle-Angleterre qui dès lors s’administraient elles-mêmes d’une façon presque complètement indépendante et dont le gouvernement, au témoignage de Talon, était déjà « plus républicain que monarchique ! »

Le clergé seul, enhardi par l’empire que ses confesseurs exerçaient sur l’esprit dévot du « roi très chrétien », poursuivait ses vues au Canada comme en France, sans crainte de heurter de front les ministres ou les gouverneurs, qui représentaient l’autorité du despotique monarque. L’évêque surtout, M. de Laval, montrait une hauteur et une obstination de vues qui devaient souvent irriter l’esprit des gouverneurs. « Il