Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/128

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1670, descendit la Belle-Rivière ou Ohio jusqu’à son confluent avec le Mississipi[1]. En 1673, le P. Marquette et Jolliet avaient, de leur côté, par le lac Michigan et la rivière Ouisconsin, atteint le Haut-Mississipi, dont ils avaient descendu le cours jusqu’à son confluent avec l’Arkansas. Mais c’est encore à Cavelier qu’il était réservé de compléter cette découverte en s’aventurant jusqu’aux bouches que le fleuve immense jette dans le golfe du Mexique. Cavelier était un Normand, un enfant de Rouen, « en qui — écrit Michelet — avait passé l’âme des grands découvreurs de Dieppe, des vieux Normands, précurseurs de Colomb et de Gama. Génie fort et complet, fait de calcul et de ruse, de patience et d’intrépidité, il avait pris les deux baptêmes sans lesquels on ne pouvait rien : il se fit noble, devint Cavelier de la Salle ; il étudia sous les Jésuites, et les étudia. Il en tira deux beaux certificats, passa en Amérique, et voyant du premier regard qu’il n’y avait rien à faire avec eux, qu’ils empêcheraient tout, il s’appuya des Récollets et du gouverneur Frontenac qui, chose rare, n’était pas jésuite. Tout jeune encore, il alla à Versailles, exposa à Colbert son plan hardi et simple, de descendre le grand fleuve, de percer l’Amérique en longueur. Les Jésuites soutenaient qu’il était fou. Puis, la chose réalisée, ils soutinrent qu’ils savaient tout cela, qu’il les avait volés[2]. »

Nous sortirions des limites que nous nous sommes tracées pour cet ouvrage en entrant dans tous les détails de l’expédition de la Salle. On les peut trouver dans

  1. P. Margry, cité par Michelet.
  2. Michelet. Hist. de France, t. XVII, p. 182.