Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/136

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lement, il consentit à négocier avec les Iroquois dans des conditions humiliantes pour notre drapeau[1] : il livrait presque à leurs représailles nos fidèles alliés, les Illinois.

Ce fut de toutes parts un juste concert de récriminations contre l’incapable gouverneur. Le roi le rappela et le remplaça par le marquis de Denonville, colonel de dragons, dont le gouvernement montra presque autant d’incapacité, jointe à plus de cruauté. Il amenait de France 5 ou 600 hommes de troupe, et il avait la parole de M. de Seignelay pour un prochain et plus considérable renfort. Le nouveau gouverneur avait dans ses instructions de s’assurer, bon gré mal gré, la possession de la baie d’Hudson où les Anglais s’étaient emparés de quelques postes appartenant à la Compagnie de la baie du Nord. Un capitaine énergique, le chevalier de Troyes fut mis à la tête d’une petite troupe d’hommes résolus, parmi lesquels se trouvaient Lemoine d’Iberville et deux de ses frères, de cette glorieuse famille des Lemoine, dont tous les membres firent preuve de bravoure et rendirent à la France coloniale du XVIIe et du XVIIIe siècle les services les plus signalés. Le voyage n’était pas facile par terre entre Québec et la baie d’Hudson : il fallait parcourir plus de deux cents lieues sur la neige et par un froid très vif (on était au mois de mars 1686), avant d’arriver au premier poste anglais. La marche dura jusqu’au 20 juin, à travers des difficultés et des fatigues qui eussent arrêté des hommes moins bien trempés. Arrivés

  1. Lire dans La Hontan (7e lettre), le fier discours que l’orateur des Iroquois, surnommé la Grangula, adressa à M. de la Barre, qui était allé à Niagara pour traiter de la paix.