Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/143

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Avec un chiffre de population si exigu, il était difficile que l’œuvre de la colonisation s’étendît. Au lieu qu’au Canada presque toutes les seigneuries se formèrent immédiatement sur le modèle des seigneuries féodales de l’Europe, avec un manoir entouré de tenanciers établis sur leurs arrière-fiefs ou fermes censives, il n’y eut longtemps, en Acadie, que la seigneurie de Port-Royal, possédée par les Le Borgne, qui correspondît à ce modèle. Des efforts furent faits, pourtant, non sans succès, pour créer quelques autres seigneuries agricoles en divers points de l’Acadie. M. Rameau signale les Mius d’Entremont, du Cap Sable, qui, dès le principe, s’attachèrent à avoir quelques bestiaux et des cultures ; Leneuf de La Vallière, qui amena du Canada dans son fief de Beaubassin, au fond de la Baie-Française, des engagés et quelques familles ; enfin quelques années plus tard, les tenanciers de Port-Royal, de concert avec leur seigneur, envoyèrent un essaim de leurs enfants peupler certains cantons situés au nord de cette place, autour du bassin des Mines, où se formèrent de nouvelles seigneuries terriennes.

Avec un courant constant d’émigration, ces établissements agricoles eussent pu se multiplier ainsi à l’infini, sur une terre fertile malgré la froidure de ses hivers, et que la charrue des laboureurs entamait pour la première fois. Malheureusement, les colons manquant pour les fiefs que M. de Grandfontaine avait distribués largement à ses anciens compagnons d’armes qui l’avaient suivi en Acadie, ceux-ci furent amenés par la force des circonstances, à chercher dans leurs fiefs autre chose que les produits agricoles, les redevances