Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/16

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HISTOIRE DU CANADA

de l’Amérique septentrionale : l’anglaise, à l’est ; l’hispano-portugaise occupant, comme elle le fait aujourd’hui. par le Brésil et par les républiques sorties des vice-royautés espagnoles, l’Amérique du Sud et l’isthme central.

Tout cœur français ne peut manquer de se serrer en pensant au rang ; que sa patrie eût pu tenir dans l’œuvre de conquête et de civilisation du Nouveau-Monde, et dont elle a déchu par sa faute, ou plutôt par la coupable impéritie et par la légèreté, plus coupable encore, de ses gouvernants. Car des côtes du Labrador, des anses du Cap-breton et de la presqu’île d’Acadie jusqu’aux Montagnes Rocheuses, et de l’embouchure du Mississipi jusqu’à l’Océan Pacifique, tout cet immense territoire, que peuplent aujourd’hui plusieurs millions d’hommes et qui, avant la fin de la présente génération, en comptera peut-être une centaine, appartenait à la France par droit de découverte et de première occupation. Par l’étroitesse de Louis XIV refusant d’ouvrir aux Huguenots qu’il chassait de France l’asile qu’ils sollicitaient dans la Nouvelle France d’Amérique, celle-ci ne reçut pas l’afflux de colons qui lui eût été nécessaire pour contrebalancer l’émigration puissante que les querelles religieuses de la Grande-Bretagne déversaient, vers le même temps, sur les rivages de la Nouvelle-Angleterre, de la Pensylvanie, du Maryland, de la Virginie et des Carolines. Le honteux gouvernement de Louis XV précipita la décadence et enfin l’écroulement de notre empire colonial. Après l’Acadie, Terre-Neuve, le Canada et ses dépendances tombèrent successivement entre les mains des Anglais, et tout cet empire de l’Amérique française fut perdu pour nous, en même temps que nous était ravi l’empire de l’Inde, fondé par le génie de Dupleix. La race anglo-saxonne, qui ne possédait à l’origine que les rivages de l’Atlantique et dont le domaine s’arrêtait, à l’ouest, aux monts Alléghanys, a pu dès lors s’étendre à loisir sur tout ce vaste continent ; et dans le creuset de la race dominante sont venues se fondre