Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/17

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toutes les nationalités que le flot de l’émigration européenne chasse chaque année sur ses rivages et qui vont s’enfoncer dans les profondeurs du Far-West. Allemands, Irlandais, Scandinaves, Français, Italiens, Belges, tous ces éléments mélangés et fondus ensemble dans le moule américain oublient là-bas leur langue maternelle respective pour apprendre l’anglais, la langue officielle, langue dominante des Etats-Unis. Notre bel et magistral idiome qui, dans d’autres circonstances, eût pu devenir, ayant tous les droits pour cela, la langue reine, la langue des relations sociales et commerciales dans la plus grande partie de l’Amérique du Nord, n’est plus guère parlé aujourd’hui que dans la province de Québec, dans quelques cantons du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse, dans les colonies canadiennes de quelques cités d’Amérique, dans le vieux quartier de la Nouvelle Orléans et dans quelques familles de Mobile, de Bâton-Rouge, de Saint-Louis, de Détroit, toutes villes de noms français et qui doivent, en effet, aux Français leur fondation et leurs premiers développements. Quelle pitié que cette défaillance coloniale de la France au siècle dernier, véritable banqueroute de notre peuple aux promesses et aux gloires de son passé, au courage de ses explorateurs et de ses pionniers !

Qui des nôtres racontera comme il convient cette histoire, avec l’accent ému de la reconnaissance et de la tendresse liliales, qu’il s’agisse de ces hardis découvreurs et explorateurs : les Cartier, les Alfonce de Saintonge, les Mons, les Roberval, les Champlain, les Cavalier de la Salle, les Joliet, les Marquette, ou de ces défenseurs du sol acquis, de ces champions obstinés de la France, trop souvent ingrate ou distraite, héros commandant des phalanges minuscules mais intrépides : les Frontenac, les frères Le Moine, les Montcalm et les Lévis, — avec l’accent vengeur d’une sainte indignation, quand l’inexorable déroulement de l’histoire amène au bout de la plume les noms de l’intendant Bigot, du commandant de