Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/189

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Par l’Acadie, si longtemps convoitée, par Terre-Neuve et par ses établissements de la baie d’Hudson, elle étreignait le Canada qui nous restait encore dans un cercle de fer et elle pouvait attendre patiemment qu’une nouvelle occasion lui donnât cette grande enclave. « On peut juger, dit à ce propos Raynal, combien ces sacrifices consentis par Louis XIV marquaient son abaissement, et combien il en dut coûter à sa fierté de céder trois possessions qui formaient, avec le Canada, l’immense pays connu sous le nom glorieux de Nouvelle-France ! »

L’Acadie, au moment où le traité d’Utrecht l’arrachait de nos mains, comptait une population d’un peu plus de 2,000 habitants, répartis dans les quatre districts de la presqu’île : Porl-Royal, les Mines, Beaubassin et Chipody ; nous disons de la presqu’île, parce qu’en effet la rive droite de la baie Française (baie de Fundy) et la vallée du fleuve Saint-Jean n’étaient pas compris dans la cession faite à l’Angleterre.

« Cette population si minime, dit un historien de l’Acadie (Rameau), parait, au premier abord, bien peu digne de considération, et quand on songe qu’il y avait déjà plus de cent ans que M. de Poutrincourt avait jeté les premiers fondements de cette colonie, on ne peut s’empêcher de reconnaître qu’elle avait bien peu prospéré. Mais, d’autre part, quand on réfléchit au petit nombre d’émigrants qui vinrent de France se fixer en Acadie (60 familles environ et 150 célibataires) ; quand on songe aux invasions, aux difficultés et aux souffrances de tout genre que ces pauvres gens eurent à subir, il y a lieu de s’étonner de trouver un tel nombre d’habitants si solidement établi dans le pays. Mais ce petit