Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/205

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néanmoins, il demeura entre les officiers et les soldats une méfiance qui paralysa la défense. Il eût suffi de quelques sorties vigoureuses pour chasser, la baïonnette dans les reins, les miliciens de Pepperel, fort inexpérimentés dans l’art de la guerre, au point qu’ils s’avançaient à découvert et en ligne contre les batteries de la place ; mais les officiers, craignant que la garnison ne profitât d’une sortie pour déserter, se renfermèrent dans l’enceinte, et, après une défense insuffisante, quoiqu’elle eût duré quarante-neuf jours, Duchambon capitula le 10 juin. Les habitants de Louisbourg et du Cap-Breton partagèrent le sort de la garnison et furent, en vertu de la capitulation, conduits en France et débarqués sur la côte de Brest, et l’on imagine l’étonnement dont parle Voltaire à cet arrivage subit et inattendu d’une colonie de 2,000 Français.

La prise de Louisbourg eut en France un douloureux retentissement et elle y assombrit la joie qu’avait causée la victoire de Fontenoy et la conquête des Pays-Bas autrichiens. Il y allait de l’honneur de nos armes de ne pas rester sous le coup de cette capitulation, et il faut rendre cette justice au gouvernement d’alors qu’il fit tout ce qu’il put pour reprendre Louisbourg et venger sur les Anglo-Américains l’injure faite à notre drapeau. Malheureusement, le ministère du cardinal Fleury avait commis la grande faute que lui reproche justement Voltaire « de négliger la marine, indispensable pour les peuples qui veulent avoir des colonies. » Cette faute était difficile à réparer. La marine est un art et un grand art. « On a vu quelquefois de bonnes troupes de terre formées en deux ou trois années par des généraux habiles et appliqués ; mais il faut