Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/28

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HISTOIRE DU CANADA

L’hiver fut rigoureux, un de ces longs hivers du Canada où la neige couvre le sol pendant cinq mois de l’année. Le scorbut, jusque-là inconnu aux marins, fondit sur ses gens et lui en enleva près du quart ; lui-même fut atteint de l’épidémie, mais un remède que lui indiqua un Indien contribua à le guérir, lui et plusieurs autres. La troupe fut heureuse, après la débâcle des glaces, de pouvoir lever l’ancre pour revenir en France. Cartier dut cependant abandonner un de ses bâtiments, faute de bras suffisants pour la manœuvre ; en revanche, il emmenait, de gré ou de force, et plus de force que de gré, quelques « sauvages », dont un grand chef, pour les présenter au roi. Les deux vaisseaux firent route entre l’île d’Anticosti et les côtes de Gaspé, trouvèrent le passage au sud de Terre-Neuve, complétant par cette découverte la reconnaissance de toute cette région et, après une courte escale aux îles de Miquelon, rentrèrent à Saint-Malo, le 16 juillet 1536.

Jacques Cartier rendit compte à François Ier de son expédition et lui présenta les sauvages qu’il avait amenés. Le roi accueillit le navigateur malouin avec son affabilité naturelle. Mais, autour de lui, les avis étaient partagés sur les résultats de ce voyage ; les pelleteries que Cartier avait rapportées et ce qu’il disait des facilités de ce commerce avec les sauvages paraissaient un argument décisif à quelques-uns pour une prise de possession définitive des terres nouvellement découvertes dans ce Nouveau-Monde, où il n’était pas possible d’ailleurs que la France ne se fît pas son lot ; mais d’autres objectaient la rigueur et l’insalubrité du climat, attestées par le désastreux hivernage de la flottille ;