Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/293

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s’il est vrai de dire que la patrie n’est pas dans l’enceinte d’une ville, dans les bornes d’une province, mais bien dans les affections et les liens de famille, dans les lois, dans les mœurs et les usages d’un peuple[1]. »

Les instructions royales ordonnaient aussi qu’on exigeât des Canadiens un serment personnel de fidélité à la couronne britannique[2], et on menaça les habitants qui refuseraient de le prêter d’être bannis du Canada. On les somma enfin de livrer leurs armes, ou de jurer qu’ils n’en cachaient aucune. Ces décrets tyranniques furent publiés, mais le gouverneur Murray n’osa pas en presser l’application : il craignait un soulèvement de la population exaspérée.

Pour n’être pas seul à porter le poids du mécontentement que ces mesures soulevaient, le gouverneur anglais (le général Murray avait été investi de ces fonctions le 21 novembre 1763) s’adjoignit un conseil exécutif, qu’il composa lui-même de ses lieutenants-gouverneurs, des principaux fonctionnaires et de quelques notables anglais. Un seul des membres de ce conseil fut pris parmi les Canadiens français. Encore alla-t-on chercher un homme des plus obscurs et des plus insignifiants (François Mounier). Comme l’intolérance de la législation anglaise du temps n’admettait pas les catholiques-romains aux emplois de la magistrature, il fallut, le district des Trois-Rivières ne contenant pas de protestants, procéder à une nouvelle division du pays,

  1. Tome II, page 379.
  2. Le serment du Test qu’on voulut exiger aussi des officiers et des fonctionnaires obligeait ceux-ci, en vertu d’un double acte du Parlement anglais de 1673 et 1678, à déclarer qu’ils ne croyaient pas à la transsubstantiation et qu’ils réprouvaient le culte de la Vierge et des saints.