Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/302

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ques, et ayant à choisir les vingt-trois membres du Conseil législatif, il en prit un tiers parmi les Canadiens catholiques.

Ces concessions faites, il est vrai, sous le coup de la nécessité, furent appréciées surtout par la petite aristocratie canadienne, qui en bénéficiait le plus directement, et plusieurs seigneurs terriens jugèrent à propos, dans un transport de reconnaissance, d’offrir au général Carleton de marcher contre les « rebelles » à la tête de leurs censitaires. Mais les Canadiens « simples censitaires » n’en étaient pas à ce diapason d’enthousiasme. « Le peuple n’avait pas encore oublié, dit Garneau, et ne pouvait oublier de sitôt la conduite tenue à son égard depuis la conquête, et ils n’étaientpas disposés à défendre le drapeau britannique, avec le même dévouement qu’ils eussent fait pour le drapeau des nôtres, comme ils désignaient le drapeau français, dans leur simple mais énergique langage[1]. »

Cependant, les événements se précipitaient ; et loin qu’il pût songer à aller attaquer les Américains chez eux, à la tête des Canadiens, le gouverneur Carleton vit tout à coup sa province menacée elle-même d’une invasion des Américains insurgés. Au commencement de mai 1775, une troupe de ces derniers, comptant environ trois cents hommes, traversa le lac Champlain, s’empara de Carillon et du fort Saint-Fréderic qui n’étaient défendus que par de faibles garnisons ; le fort Saint-Jean tomba aussi entre les mains des « rebelles », mais pour être repris le lendemain par

  1. 1re édit. T. II, p. 426.