Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/304

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la paix intérieure. Mais ni le mandement de l’évêque, ni la proclamation du gouverneur ne purent faire sortir les habitants de leur indifférence. Ceux du bas de la province, éloignés du théâtre des hostilités, regardaient d’un œil tranquille se dérouler les événements ; ceux du haut, plus rapprochés du théâtre des opérations, chancelaient et paraissaient pencher du côté de la révolution, mais pourtant ils désiraient rester aussi dans la neutralité. « La vérité, écrit Garneau, c’est que le gouvernement de leurs sympathies n’était plus en Amérique : la seule vue d’un drapeau fleurdelisé eût profondément agité tous ces cœurs en apparence si apathiques.[1] »

Ne pouvant, malgré les offres séduisantes qu’il offrait aux engagés (200 arpents de terre pour chaque volontaire, libres d’impôt, 50 de plus s’il était marié, et 50 pour chacun de ses enfants), ne pouvant réussir à recruter que quelques maigres contingents, Carleton, en désespoir de cause, s’adressa aux cantons iroquois. Ceux-ci qui n’avaient aucun motif de préférence pour l’un ou l’autre parti, se firent prier quelque temps, acheter cher, et finirent par s’engager à prendre la campagne aux premières feuilles du printemps.

Cependant, les troupes américaines montaient vers le nord, et au bruit de leur approche, les autorités anglaises perdaient pied de plus en plus. Les paroisses de la rivière de Chambly s’étaient déjà prononcées en faveur des Américains. Le district des Trois-Rivières refusait, de son côté, d’obéir aux ordres du gouverneur anglais. Les forts de Chambly et de Saint-Jean passèrent ainsi, presque sans coup férir, entre les mains des

  1. T. II, p. 430.