Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/32

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d’Angleterre, les huguenots français eussent accompli un libre exode vers cette terre promise de la liberté de conscience et de foi ? Supposez qu’au temps de la révocation de l’édit de Nantes, au lieu d’être dispersés sur toutes les plages de l’Angleterre, de la Hollande, de la Prusse, dans tous ces pays qu’ils contribuèrent à enrichir et à fortifier, supposez qu’ils eussent été laissés libres de se rendre, — avec la certitude d’y trouver déjà des frères de même langue et de même foi, — dans cette nouvelle France protestante que Coligny s’était proposé de fonder, quelle n’eût pas été la moisson d’une telle semence en cette terre vierge d’Amérique ! Quels développements n’eût pas pris ce jeune peuple, formé de l’élite du nôtre — car, de l’aveu de tous les historiens impartiaux, les huguenots du XVIe siècle étaient parmi les plus valeureux, les plus entreprenants, les plus éclairés et les plus industrieux des enfants de la France, — et grandissant dans cette atmosphère de liberté et de self-government que crée partout où il passe le souffle vivifiant de l’Évangile ! Le phénomène qui sera probablement le fait capital de ce siècle : la croissance vertigineuse, la prospérité toujours ascendante des États-Unis d’Amérique, n’eût pas laissé de se produire ; seulement, au lieu d’avoir été coulée dans le moule anglo-saxon toujours un peu fruste, la République américaine aurait reçu l’empreinte et reproduit l’effigie de la nationalité française ; c’est à notre race qu’eût appartenu l’hégémonie du Nouveau-Monde ; pour tout dire en deux mots, l’Amérique du Nord, au lieu d’être dans son ensemble anglaise de race et de langue, serait aujourd’hui, dans sa presque totalité, un pays français. Ainsi l’avait rêvé Coligny, et nous ne dirons