Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/33

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jamais assez quel malheur ce fut, au point de vue français, que ses patriotiques visées ne soient pas devenues une réalité.

Mais reprenons notre récit pour montrer quel fatal concours de circonstances déjouèrent les projets de l’illustre chef des huguenots. Déjà, en 1635, sous le roi Henri II, il avait essayé de fonder au Brésil une colonie protestante. Un ancien chevalier de Malte, rallié aux idées de la Réforme, Durand de Villegagnon, avait été mis à la tête de l’entreprise ; mais Villegagnon étant ensuite retourné au catholicisme, perdit la confiance de ses compagnons, et les Français, privés de chef et trop peu nombreux, ne purent se maintenir dans le pays.

Ce premier échec ne découragea pas Coligny. La situation de ses coreligionnaires devenait en France de plus en plus critique, placés qu’ils étaient entre les persécutions à subir ou les révoltes à fomenter. L’amiral, qui exerçait alors quelque influence sur l’esprit du roi Charles IX, profita d’un moment de trêve entre les deux partis, pour envoyer une expédition sur les côtes de l’Amérique du Nord. Dieppe était, à cette époque, comme La Rochelle, un nid d’armateurs et de négociants huguenots. Le 18 février 1562, un capitaine de ce port, Jean Ribaut, partit avec deux vaisseaux munis de ce qui était nécessaire pour jeter les fondements d’une colonie, et montés par plus de six cents hommes, tant volontaires que marins, tous appartenant à la religion réformée. Se dirigeant d’abord vers le golfe du Mexique, Ribaut atteignit, après une heureuse traversée de deux mois, la côte de Floride, la remonta, et s’arrêtant dans le voisinage de la baie