Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/413

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afin de la mettre, en cas de guerre avec les États-Unis, à l’abri d’un coup de main. Quoiqu’il en soit, le choix de cette nouvelle capitale n’alla pas sans faire beaucoup de mécontents et sans exciter bien des murmures sur tous les bancs de la Chambre, comme sur tous les points du pays sans distinction. Nous verrons tout à l’heure comment cette question de capitale fournit à l’opposition l’occasion qu’elle cherchait pour renverser le ministère conservateur.

Mais il convient, avant d’aller plus loin, de dire quelques mots de l’autre cause de conflits qui, en ravivant les rivalités et les dissensions entre le Haut et le Bas-Canada, devait augmenter les difficultés et les embarras du gouvernement. On se souvient qu’au moment de l’Acte d’Union en 1840, un nombre égal de députés avait été attribué à chacune des deux provinces, quoique la population du Haut-Canada, peuplé de colons anglais, fût sensiblement inférieure à celle du Bas-Canada ou Canada français. Plus tard, et par le fait de l’accroissement constant de l’émigration dans la province supérieure, cette différence était allée se réduisant de plus en plus, jusqu’à ce qu’enfin la population du Haut-Canada en était venue à égaler, puis même à dépasser celle de la province rivale. Or, Georges Brown et les « clear grits » qui marchaient à sa suite n’étaient pas hommes à laisser passer un événement comme celui-là sans en prendre texte pour rééditer leurs théories sur l’oppression de la race anglo-saxonne par l’élément français et sur la nécessité de secourir les loups en danger d’être dévorés par les moutons. La représentation proportionnelle à la population, qu’on avait soigneusement repoussée tant qu’elle aurait pu