Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/46

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son entreprise, par suite des plaintes que faisaient entendre les marchands de pelleteries, frustrés de leurs bénéfices par son privilège. Il put craindre un moment de perdre, avec son monopole, tous ses associés ; et quand, dans ces conjonctures, M. de Poutrincourt, son ancien compagnon d’armes, lui proposa de se charger du gouvernement et du soin de la colonie naissante, M. de Mons souscrivit volontiers à cet arrangement qui réservait, d’ailleurs, à son profit, certains privilèges commerciaux.

La convention faite, M. de Poutrincourt s’occupa de trouver des colons et de rassembler tout ce qui était nécessaire : bestiaux, provisions, outils, pour une colonisation à laquelle il voulait donner un caractère essentiellement agricole. Le rendez-vous général avait été donné à La Rochelle et le jour du départ, fixé au commencement de mai (1606). Marc Lescarbot, « avocat du Parlement », le premier des historiens de la « Nouvelle France », s’était joint à cette expédition, et c’est une page qui mérite d’être conservée que celle où il raconte ses impressions de départ :

« Arrivez que nous fûmes à La Rochelle, nous y trouvâmes les sieurs de Monts et de Poutrincourt, qui y étoient venus en poste, et notre navire, appelé le Jonas, du port de cent cinquante tonneaux, prêt à sortir hors les chaînes de la ville pour attendre le vent… Mais les ouvriers, parmi la bonne chère (car ils avoient chacun vingt sols par jour), faisoient de merveilleux tintamarres au quartier de Saint-Nicolas, où ils étoient logez. Ce qu’on trouvait fort étrange en une ville si réformée que La Rochelle, en laquelle ne se fait aucune dissolution apparente : il faut que