Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/504

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vers dix-huit siècles, au fond de notre Bretagne, de même que dans les montagnes du pays de Galles et dans les Highlands de l’Écosse. Exemple merveilleux de la vitalité des langues même les moins littéraires et en apparence les plus barbares ! Mais si la langue des Gaulois et si celle des Basques, plus ancienne encore, ont pu, quoique sans monuments littéraires, — sans commerce possible avec d’autres langues sœurs, — braver l’effort des langues des conquérants, des administrateurs, des savants, des officiers, et se maintenir, comme un rocher de granit, au milieu du flot montant des langues modernes avoisinantes, — quelle résistance n’offrira pas le français, la langue dont Henri Estienne au XVIe siècle déjà, soutenait la « précellence » et qui, depuis lors, a si bien justifié son apologète par la quantité d’ouvrages de génie qu’elle amis au jour ! Cette précellence du français, qui en a fait la langue de la société polie de tous les pays, n’est pas près de disparaître. « Il est de plus en plus certain, écrit un auteur[1], que l’Europe demeurera toujours le centre principal de la civilisation. Or la langue anglaise, sur le continent européen, n’a pas grand avenir. Le caractère bien connu — et d’ailleurs si digne d’estime — des Anglais, n’est pas propre à répandre l’usage de leur langue. Un Français aime à causer ; l’Anglais volontiers se tait, il est froid et orgueilleux. La langue française n’aurait pas été, depuis deux siècles, aimée et cultivée en Europe, si elle avait été parlée partout par des gens aussi renfermés en eux-mêmes. Il y a dans

  1. M. Eugène Ritter. La langue française et les langues étrangères. Revue suisse, no d’avril 1883.