Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/506

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sante de la plus riche littérature du monde, n’est pas en danger de perdre sa langue, comme une tribu barbare isolée qui se trouve tout d’un coup mise en contact forcé et continuel avec une race conquérante et supérieure. Ethnologiquement et politiquement les égaux des Anglais, les Canadiens français ont passé la crise la plus difficile et la plus périlleuse pour leur nationalité naissante. Ils sont arrivés à l’âge d’homme ; ils ont pris conscience de leur valeur, de leur force et de leur nombre et désormais ils n’ont plus, — pour peu qu’ils restent fidèles à eux-mêmes, et dignes du passé de leur race, — rien à craindre des entreprises ou des empiètements de leurs voisins.

La conquête pour eux est un fait du passé, — un fait même dont leurs pères furent irresponsables, car s’il n’avait tenu qu’à eux, on l’a vu, et si la politique de la cour de Versailles avait été à la hauteur de leur courage, les Anglais n’auraient jamais pris pied sur les rives du Saint-Laurent. Si les conséquences en furent d’abord affligeantes et funestes, les administrateurs anglais essayant de traiter les Canadiens en outlaws comme les conquérants normands avaient autrefois traité les Anglo-Saxons, on a vu que cet état de choses n’a pas duré longtemps et que les Canadiens français ont su non seulement se rétablir sur le pied d’une pleine égalité sociale et politique avec leurs anciens dominateurs, mais encore faire participer leur langue au bénéfice de cette égalité dans tous les actes de la vie officielle et publique de la Confédération dont ils font partie.

Ce traitement durera aussi longtemps que la Confédération elle-même, car fussent-ils toujours la mino-