Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/528

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de cause), mais même ceux de langue d’oui, si l’on en excepte peut-être les gens de la Touraine et de l’Orléanais. Et combien leur accent n’est-il pas surtout plus correct, plus agréable à l’oreille, plus français, que le grasseyement pectoral populacier des ouvriers des faubourgs et de la banlieue de Paris !

Si l’on se rappelle que les colons de la « Nouvelle-France » furent surtout fournis par nos provinces de l’ouest : Normands, Malouins, Percherons, Poitevins, Saintongeais, on ne sera pas étonné de la parenté qui existe, par l’accent et par certaines particularités d’expressions, entre ce qu’on pourrait appeler le dialecte canadien populaire et les dialectes de l’ouest de la France.

Ce qui caractérise surtout pour le Français… disons plutôt pour le Parisien, qui arrive au Canada, l’accent canadien, c’est la façon généralement très ouverte dont est prononcé la diphtongue ai, et la façon, au contraire très fermée, dont est prononcée la diphtongue oi.

« Je disais », « j’allais », « je venais », se prononcent ou à peu près, au moins dans le peuple, comme si l’on écrivait : « je disas », « j’allas », « je venas ». Dans cette vieille chanson, que je me souviens d’avoir entendu chanter bien des fois en Saintonge et d’avoir chantée moi-même tout enfant et qui, transportée au Canada, y est devenue une sorte d’air national :

   À la claire fontaine
   J’allais me promener…

le refrain devient, en passant par la bouche des « habitants » canadiens :

   À la clare fontaine
   J’allas me promener.

Cette prédominance de l’a dans la diphtongue ai est un trait de certaines régions de l’ouest. Quant à la diphtongue oi, elle se prononce ou ouai, comme on le fait encore aujourd’hui dans les campagnes, non seulement de l’ouest de la