Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/530

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tongue eu qu’on continue de prononcer u, comme le fait encore, et avec raison, le peuple en France dans les mots : Europe, Eugène, la rivière d’Eure, etc., et qui prend aussi un son aigu dans certains mots que nous prononçons au contraire d’une manière ouverte : beurre et peur, par exemple.

Un et ses composés : aucun, quelqu’un, chacun, se prononcent. comme dans toute la Saintonge et peut-être dans tout l’ouest : in, auquin, chaquin, quelqu’in.

On comprend combien ces différenees d’accentuations et de prononciation, en une matière aussi variable d’ailleurs et aussi flexible que le son des diphtongues et des voyelles, sont peu essentielles, combien elles compromettent peu notre langue, à laquelle elles gardent plutôt un parfum d’archaïsme. Il suffit au surplus, aux Canadiens instruits et prévenus, d’un peu de surveillance sur eux-mêmes pour perdre l’habitude de ces assonances locales et pour rendre aux mots où ces diphtongues sont employées le son qu’on leur donne actuellement en France[1].

Pour tout le reste, le langage des Canadiens nous a semblé extrêmement pur d’accent, et il n’est pas douteux pour nous qu’un Canadien de moyenne culture venant à Paris ne se mette plus facilement au ton du Théâtre français, qui passe à tort ou à raison pour être l’asile des traditions de la pure prononciation française, qu’un Picard ou qu’un Franc-comtois, pour ne pas parler des Gascons, des Auvergnats ou des Provençaux.

  1. Cette réflexion s’applique à l’abus qui consiste à faire sentir les consonnes finales dans les noms propres et dans un certain nombre de noms communs : a l’endroit, prononcé a l’endroite.

    Mais en France même, la règle est-elle bien établie pour ce qui regarde la consonne finale, et la tendance générale n’est-elle pas de prononcer, comme on écrit : un filsss, des oursss, des cerfffs, au lieu de dire un fi, des our’, des cer’, comme faisaient nos pères et comme on devrait encore faire aujourd’hui, d’après le conseil de Littré.

    Ce qui est plus grave à la charge des Canadiens, c’est de dire icite pour ici et même pour ci : ce mois-icite, cette année-icite. Mais ne soyons pas implacables ! on en entend bien d’autres dans nos provinces et à Paris même.