Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/531

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Quant à la langue elle-même, abstraction faite maintenant de la prononciation, le fond en est généralement pur, plus pur même, à certains égards, que le langage de notre présente génération, n’ayant point été infecté par l’abus des néologismes que les écrivains « romantiques » et « naturalistes », les journalistes, les traducteurs et les « politiciens » ont introduit de gré ou de force dans notre langue, ni par cet argot des ateliers, voire même des cabarets et des bouges, qui par le canal des « feuilletonistes » de notre « petite presse » s’introduit jusque dans le commerce des « honnêtes gens », comme on disait au grand siècle, et finit quelquefois par forcer la porte du dictionnaire de l’Académie lui-même.

Le signe distinctif de la langue qu’on parle au Canada serait plutôt un archaïsme de bon aloi. On y retrouve dans la conversation courante des mots à peu près perdus ou en train de se perdre chez nous, quoiqu’ils soient couverts de l’autorité de nos vieux auteurs et qu’on les conserve encore dans nos dialectes provinciaux. Par exemple, les mots : querir, qu’on prononce q’ri, comme dans tout l’ouest ; abrier (abriter, couvrir) très usité encore en Saintonge, en Berry, en Normandie et en Picardie, aveindre, que d’ailleurs l’Académie admet et que Littré recommande comme « très bon, employé à sa place » ; bavasser (synonyme expressif de babiller) qui a pour lui l’autorité de Larousse et de Bescherelle, sans parler de celle de Montaigne, au XVIe siècle : escousse qu’on trouve dans Mme de Sévigné et qui est une autre forme du mot secousse ; mais que, avec le sens d’aussitôt que ; butin, employé dans une foule d’acceptions qu’il n’a pas ou qu’il a perdues chez nous.

Nous rangerons dans la même classe certains mots, très français par l’origine et par la construction, mais qui ne sont plus usités que dans les patois ou que les Canadiens ont fait passer abusivement du langage de la marine dans le style courant. Tels les mots ; « amarrer… une robe », « se gréer (qu’on prononce se greyer) pour sortir » ; paré (du latin pa-